Itinéraire-Bis : mon premier amour

Texte de Romain sur sa genèse de l’idée d’un café culturel et paysan.

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On n’oublie jamais son premier amour. Enfin c’est ce qu’on dit. C’est marrant parce que, jusqu’à il y a peu, je ne m’en étais pas aperçu. Finalement, c’est comme la première ancre qu’on jette au large sans jamais la relever. On tourne autour frénétiquement en ayant la vague impression d’avancer, mais elle est toujours là.

Non je ne parle pas de mes relations humaines (ce n’est pas trop le lieu, que je sache), mais plutôt des premières fondations de mon action politique. Une histoire d’amour à sa manière, aussi. Avant les bouquins, avant les partis, avant même mon premier bulletin de vote, mes premières idées avaient la fraicheur de la rosée du matin. Un rejet épidermique de l’excès de technologie, un sentiment de la nécessité d’un retour à la simplicité. Maintenant, on intellectualise ça par la « sobriété volontaire ». Avant les manifs, avant les AG étudiantes, les réunions interminables ou les actions coup-de-poing, mon premier lieu de politisation a été la cafet’ étudiante, la « MDE » (Maison des Etudiants) où l’on vendait du café à perte, on fumait à l’intérieur et on refaisait le monde autour d’une partie de tarot ou d’échecs.

L’ironie de la vie, c’est qu’après les bouquins, après les partis, après les élections, les AG, les manifs, les occupations, les centaines de textes, les réunions inutiles, les réunions utiles (parfois), après 10 ans pendant lesquels le militantisme a ponctué ma vie comme des battements de cœur, je me retrouve naturellement devant cette ancre, jetée un peu au hasard des flots…

« Changer son rapport à la production »

Avec les objecteurs de croissance, j’ai rouvert le placard de mes vieilles idées. J’ai pu marier les intuitions fragiles d’un gamin à peine majeur avec des auteurs comme André Gorz ou Paul Ariès. Les conséquences sociales du modèle de production m’avaient alerté depuis longtemps. Son absurdité écologique m’a donc frappé assez tard, avec un dégoût d’autant plus marqué que je me sentais complice depuis des années : par mon travail ou ma consommation.

J’ai donc décidé que j’allais arrêter : changer mon rapport au modèle de production. On nous fait travailler trop, pour produire trop et n’importe quoi, en alimentant une gigantesque machine à gaspiller. On nous déconnecte de la finalité de notre travail. Il n’a plus d’autre sens que le « net à payer » en bas de la fiche de salaire tous les mois. J’ai besoin de faire un pas de côté et de m’extraire de cette course à l’aveuglette, de repenser mon rôle dans la société.

J’ai deux amours, comme dit la chanson : cette intuition de la décroissance et cet espace politique qui m’a profondément marqué, la « MDE ». On n’oublie jamais son premier amour…

Un café pour changer le monde

Cette histoire romantique, c’est un peu la genèse de l’idée d’Itinéraire-Bis pour moi. Au modèle de production, nous répondons la relocalisation des besoins fondamentaux. Nous travaillerons avec des producteurs de l’agriculture paysanne locale qui s’impliqueront dans le projet. En réponse à la culture dominante, qui nous repli chez nous et nous plonge dans une position passive de soumission, nous voulons créer un espace culturel de diffusion, de création, d’échange et de subversion. Au matraquage médiatique à l’extrême-droitisation des esprits ou au discours « TINA » (There Is No Alternative), nous répondons l’éducation populaire, le débat et la confrontation des idées. À la tristesse de la dissociété qui nous oppose, nous voulons jouir de notre rassemblement, faire la fête et cracher à la gueule du monde notre bonheur et sa force révolutionnaire.

Ce lieu, ce qu’il a de personnel et ce qu’il a de collectif, me semble être ce que je et ce que nous voulons apporter à la société. Un projet frais comme la rosée du matin, comme ces idées balbutiantes d’il y a 10 ans. Cependant, pour le réaliser, nous avons besoin de vous. Du moins de centaines de personnes pour aider à le financer. Il ne s’agit pas d’une aumône ou d’une demande de charité. Il s’agit d’une proposition de devenir sociétaire d’un projet coopératif, de prendre des parts sociales et d’avoir la possibilité de soutenir et de construire avec nous cet espace de liberté.

On compte sur vous.

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4 réflexions sur “Itinéraire-Bis : mon premier amour

  1. Bon courage !! J’adhère totalement et j’espère que le projet verra le jour. Pour cela je pense que mettre ma contribution et faire d’une pierre deux coup. Aider (à mon échelle) à la réalisation d’un projet intéressant et venir voir un de mes amis sur Gaillac.

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